mardi 20 janvier 2015

Un parachutage au clair de lune en 1942


Le 1er janvier 1942, à 15h45, trois hommes attendent sur un terrain d’aviation dans le Suffolk. Nous sommes sur le terrain de Stradishall, ils revêtent leur combinaison de parachutiste, ils vont enfin s’envoler vers la France. Qui sont ces trois hommes ? Le premier est Jean Moulin, de Gaulle l’a chargé d’unifier les mouvements de résistance. Le deuxième est Raymond Fassin, il est l’officier de liaison. Le dernier est Hervé Monjaret, il est le radio. Ce sera un parachutage blind c'est-à-dire sans comité de réception, une opération au clair de lune. L’avion dans lequel ils vont embarquer est un « Whitley », le numéro Z 9125. C’est à son bord que les trois hommes vont faire le grand saut sur les Alpilles. Le feu vert est donné, harnachés, ils s’envolent exactement à 16h20. A 16h30, ils atterrissent à Saint Eval pour faire le plein de carburant. Le patron de la base, le « Group Captain Bentley », donne l’ordre de décoller à 20h45, l’aventure peut commencer. Les hommes voient défiler les lampes de la piste de plus en plus vite, puis l'appareil décolle. Ils se regardent en silence et lorsqu’ils se retournent, ils aperçoivent le dispatcher, le « wing commander Benham ». Très vite, ils arrivent sur la Manche qu’ils survolent à faible altitude. C'est alors que Moulin leur fait part de la destination : ils vont en Provence. Il leur donne ses dernières instructions : une fois au sol, ils doivent se retrouver près de lui et enterrer le poste émetteur. Pour se reconnaître, ils siffleront un air connu. Les consignes données, les trois compagnons attendent. Ils traversent la Manche aux ras des flots, puis lorsque les côtes françaises apparaissent, l’avion prend de l’altitude. Soudain, les canons de la Flak se mettent à crépiter et les projecteurs se mettent en action ; les obus éclatent autour de l’avion. D’un coup, il pique vers la terre, le pilote a fait une manœuvre pour éviter d’être pris dans le faisceau d’un projecteur. Plus de peur que de mal, l’avion continue. La ligne dangereuse est maintenant dépassée. La route se poursuit, mais apparemment l’avion n’a pas pris la bonne direction car il va survoler Cherbourg et Saint-Nazaire. Il se dirige alors vers les Pyrénées, vire au dessus de Perpignan puis met le cap sur les Alpilles. A une heure du matin, le dispatcher réveille Jean Moulin, le largage est prévu dans peu de temps. Il est deux heures lorsque le pilote arrive sur la zone. Moulin se lève et se met en position. La trappe est ouverte et la lumière rouge s’allume. Les minutes s'écoulent, et l'ordre de sauter ne vient pas : le navigateur ne trouve pas la zone de largage. Le dispatcher demande à Moulin de retirer ses pieds de la trappe et d'attendre. Le Whitley vole maintenant très bas. Au bout de 30 minutes, ils se préparent à nouveau, car le pilote a annoncé qu’il était au dessus de l’objectif, c'est-à-dire à 4 km à l’est d’Eygalières, la lumière rouge est allumée. Debout, Fassin et Monjaret attendent le signal. La lumière clignote et s'éteint pour faire place au feu vert : c'est le GO libérateur. Le pilote avait annoncé « it’s exactly the point » et pourtant ils vont atterrir à 20 km du lieu prévu, non loin de Fontvieille. C’est Moulin qui a sauté en premier. Les parachutes descendent dans la nuit. Les trois hommes partent à la rencontre de leur destin, l’Histoire peut alors commencer.
Armstrong-Withworth "Whitley"



Christian BRUN

Centre de Recherche de l’Armée de l’air (CReA), École de l’Air, 13 661, Salon Air, France

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