vendredi 19 décembre 2014

De la difficulté d’innover : l’exemple de l’avion sans pilote

Christian BRUN
Centre de Recherche de l’Armée de l’air (CReA), École de l’Air, 13 661, Salon Air, France


Il est parfois des réussites techniques qui ne traversent pas l’histoire pour des raisons liées à des obstacles politiques, sociaux, culturels voire psychologiques et pas spécialement à des barrières scientifiques interdisant des avancées significatives. 
Ainsi, lorsque l’on se penche sur l’histoire des drones, il est certes courant de lire que la fin du XIXème siècle et le début du siècle suivant ont vu la naissance de toutes les idées et expérimentations concernant la stabilisation et le contrôle du plus lourd que l’air, ainsi que la transmission des commandes, c'est-à-dire de toutes les technologies indispensables dans la conception finale d’un engin piloté sans l’intervention de l’homme. Il est également courant de faire remonter les avancées les plus significatives, dans ce domaine, au boom technologique de l’après Seconde Guerre mondiale et particulièrement à la guerre du Vietnam. En revanche, il est beaucoup plus rare de voir mentionnés, dans les ouvrages de vulgarisation ou même dans les revues scientifiques spécialisées, les premières expériences, les premiers vols réalisés par le capitaine Max Boucher.




Pourquoi l’histoire a-t-elle oublié que, dès 1914, Max Boucher décide d’expérimenter les premiers stabilisateurs sur un avion. Ces expériences seront alors interrompues par les autorités en juillet de cette même année. Comment a-t-on pu également oublier les premiers vols sur un kilomètre, sans personne à bord, réussis à Avord par ce même Max Boucher en juillet 1917 ? Suite à cette réussite il sera poussé à la démission de son poste de directeur de l’école d’aviation. 
Pourquoi encore ce silence autour de l’expérience menée en mars 1918 à Mondésir, où, toujours sous la direction du capitaine Boucher, on démontre qu’un avion sur une courte distance peut décoller, faire un vol et atterrir sans l’intervention du pilote à bord. Pourquoi l’histoire n’a-t-elle pas retenu, que cette même année, le 14 septembre, sur l’aérodrome de Chicheny, un avion manœuvré à distance a effectué un vol de 100 kilomètres pendant une heure et cinq minutes. Cette expérience est renouvelée 4 jours plus tard. Il sera alors décidé de dissoudre le groupe de recherche. Pourquoi les expériences, qui ont été reprises par la Section technique de l’aéronautique en 1918, s’arrêtent-elles brutalement ? 
Et enfin, pourquoi avoir encore oublié les essais menés par Max Boucher et l’ingénieur Maurice Percheron en 1922 et 1923, qui aboutissent à un vol de 75 kilomètres sans intervention humaine. Ces expériences seront arrêtées en 1924 et Max Boucher sera remercié et écarté des projets repris par la Section technique de l’aéronautique. Les essais ne seront pas poursuivis officiellement. 


Durant les années qui suivront, les services techniques feront en sorte d’éliminer toutes les polémiques sur l’avion non habité ou encore appelé avion dirigé hors vue, en arrêtant les expériences et en travaillant dans le secret. Essayer de répondre à ces interrogations nous entraîne inévitablement vers d’autres questionnements, questionnements que nous aborderons prochainement.


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