mercredi 17 décembre 2014

Les débuts de l’aviation en guerre : une reconnaissance difficile

Camille BRUN et Christian BRUN
Centre de Recherche de l’Armée de l’air (CReA), École de l’Air, 13 661, Salon Air, France

Les débuts du XXe siècle sont marqués par l’essor de la culture physique en général et des sports mécaniques en particulier. En effet, un homme nouveau va naître, un sportif qui va dompter la force mécanique symbolisée par la machine. C’est dans ce contexte que l’aviation va voir le jour. Le monde se passionne alors pour les meetings et les exploits, les traversées et les records. Les journalistes vont conter ces aventures à travers une littérature et une presse spécialisées qui doivent faire rêver et doivent encenser les nouveaux champions à l’aide de descriptions fortes, de photographies et de tableaux épiques.


Roland Garros (1910)

A partir du début des années 1910, l’armée va s’intéresser à cette arme en devenir, mais reste toutefois réticente quant à une intégration et une assimilation totales. Les journaux, qui confèrent à l’aviation le statut de sport, ainsi que le caractère mythologique et folklorique qui entoure le vol ne correspondent pas aux attentes institutionnelles. Cet état d’esprit, malgré une certaine forme de reconnaissance portant notamment sur les missions de reconnaissance et de réglage de tirs, va perdurer jusqu’au début de la Grande Guerre. Ainsi, pendant quatre ans, dans l’aéronautique militaire, deux mondes vont se côtoyer : celui du sport, de l’aventure, du mythe, et celui des opérations, du service et de l’utilité.  
L’entrée en guerre allait changer la donne. On retrouvait, sous les drapeaux, les grandes figures sportives de l’aviation d’avant-guerre, ces aventuriers qui faisaient la une des journaux et que l’opinion publique connaissait. Certes, les missions restaient toujours les mêmes, certes, les interrogations sur la crédibilité et l’efficacité étaient toujours présentes, mais la guerre effaçait peu à peu les différences entre l’aviation sportive et le domaine militaire. Elle allait même permettre de relancer l’imaginaire de l’air, en perte de vitesse après une période de banalisation des exploits et des raids et une militarisation de la fonction. 
Les premiers mois du conflit n’ont cependant pas permis à l’aviation de se distinguer significativement. La bataille des frontières, celle de la Marne et la "course à la mer", ne donnent pas l’occasion à cette nouvelle arme de montrer tout son potentiel. Des effectifs minimes et une confiance limitée des militaires rendent ce service imperceptible. C’est alors que la guerre s’immobilise, que les fronts se stabilisent et que l’intérêt pour le service rendu par l’aviation va croissant. Par opposition avec cette guerre qui s’est arrêtée, les regards vont alors se porter vers ce conflit « parallèle », c'est-à-dire là où il se passe quelque chose. 
Le public retrouve alors les gloires d’avant-guerre, des champions qui sont sous les drapeaux, comme Brindejonc des Moulinais, Roland Garros, Védrines, Gilbert ou encore Pégoud. La presse va alors profiter de cette aubaine, et dans un contexte politique de censure, dans lequel les lecteurs attendent des nouvelles qui lui sont interdites, elle va offrir au public ce qu’il attend : de l’action, des exploits et des héros.

Roland Garros (1915)


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