dimanche 8 mars 2015

De l’aviateur Baratte à l’aviateur Dupuis

Commandant (h) Bernard LART

En cette fin d’octobre 2014, au nord du Mali, la mort, les armes à la main, d’un aviateur combattant au sol (Thomas Dupuis du CPA 10) met en lumière une unité spécifique : les commandos parachutistes de l’air. Mais d’où viennent-ils ?

 
" Avant guerre (octobre 1936), la seule véritable tentative pour créer des troupes spéciales eut lieu au sein de la toute jeune Armée de l’Air " née en juillet 1934. En effet, le secrétariat de l’air a connaissance que les soviétiques mettent sur pied des unités de choc qui utilisent le parachute pour une mise à terre. Mais l’objectif premier du secrétariat à l’air est de former des instructeurs sur l’utilisation du parachute comme moyen de sauvetage pour les pilotes. Le capitaine pilote Fréderic Geille se porte volontaire pour un stage au centre d’instruction de parachutisme en URSS. A son retour, un avion Potez 25 TOE est mis à sa disposition. Il choisit un terrain de dimensions modestes mais qui possède un hangar et un poste de météorologie : Avignon Pujaut dans le Gard. Durant sa tournée de recrutement, il est réconforté par l’enthousiasme d’un grand nombre d’aviateurs, et ce, malgré l’opposition de leurs chefs… on l’avertit qu’on lui brisera les reins au premier incident. (un grand classique …).

 L’infanterie de l’air : une approche moderne avortée

En octobre 1936, après 2000 sauts effectués, l’énergie à toute épreuve du Cne Geille est récompensée par la décision de l’EMAA de créer deux groupements d’infanterie de l’air. Les 601° et 602° G.I.A sont " destinés à transporter par avion et à débarquer par parachute, en territoire ennemi, des détachements d’infanterie ". 
En 1937, ces deux premières unités parachutistes françaises participent à des manœuvres nationales et provoquent la stupéfaction … après un saut nocturne et sous une pluie battante, capture d’un état-major et … ce malgré le scepticisme de beaucoup de chefs de l’Armée de terre qui les affublent du terme de trapézistes.                                                                
En 1938, le brevet de parachutiste de l’infanterie de l’air ainsi qu’une indemnité spécifique sont décidés par décret … autre innovation. 
Au début de " la drôle de guerre " les deux GIA attendent au pied des avions pour être parachutés, on les occupe en leur faisant effectuer des patrouilles. Les aviateurs parachutistes Baratte puis Salacrou sont tués durant l’hiver 40. Après l’armistice, l’infanterie de l’air repliée en Algérie, est dissoute sans avoir été utilisée dans sa spécificité aérienne.

La Seconde Guerre mondiale : les paras français entre forces spéciales et unités de choc

A Londres, dès septembre 1940, le Général de Gaulle décide de créer une unité de parachutistes, « car lorsque nous nous battrons demain pour chasser l’occupant de France, les paras seront les premiers à participer au combat ». Ce fut l’acte de naissance de la 1ère  Compagnie d’Infanterie de l’Air qui accueillit les anciens du GIA ainsi que les volontaires évadés de la France occupée.
En juillet 1945, le comité de la Défense nationale décide que les parachutistes soient versés dans l’Armée de terre. L’Infanterie de l’Air a vécu … On peut parler de séparation de corps et de biens, le mot divorce est exclu, puisque l’histoire future du parachutisme militaire va nous montrer que l’Armée de l’air exprime, à période régulière, le besoin de formation parachutiste.

L’Indochine : l’émergence du mythe TAP

Dans bien des cas, le parachutisme va se révéler le vecteur essentiel de mise en place d’une logistique d’urgence, mais également d’opérations aéroportées, en vue de porter secours à des éléments français (ou vietnamiens non communistes) en mauvaises postures.
Loin de la métropole le mythe du « para » s’élabore par :

- l’archange Saint Michel qui devient le saint patron de ces paras au béret rouge ;
- la reprise d’un texte d’André Zirnheld, professeur de philosophie volontaire pour la compagnie d’Infanterie de l’air incorporée aux SAS britanniques qui sera tué en 1942 dans le désert libyen, retrouvé dans son sac par ses compagnons et qui devînt en Indochine La prière du para.

 Les quelques bases de la force aérienne française sont gardées par des unités de l’armée de terre … entre nuits de Chine et soupes chinoises, des avions partent en fumée. Le Commandant Air crée des Brigades de Recherche et de Contre-sabotage (BRCS), ces petites unités sont mise en place, afin de dynamiser la défense statique de ces plateformes aériennes.

 « L’avion à plumes » 

En 1956, la France est engagée dans la lutte contre une rébellion sauvage qui ensanglante l’Algérie. Un merveilleux engin apparaît : L’hélicoptère, désigné quelque temps après par les rebelles algériens : « Avion à plumes ». La France achète en très grand nombre des hélicoptères de transport U.S notamment des Sikorsky H34. Ils seront les chevaux de bataille de l’aéromobilité naissante.
Dans un souci d’intervention immédiate et d’étroite collaboration avec les équipages d’hélicoptère, les commandos parachutistes de l’air sont créés. Il est fait appel aux volontaires de toutes spécialités, aptes au parachutisme. Les cinq Commandos Parachutistes de l’Air (approximativement 600 hommes) accumulent d’une frontière à l’autre les héliportages, les crapahuts, les accrochages violents puisque inattendus, mais aussi les nuits de veille avec ses gardes et ses embuscades et pour le retour en base arrière, les longues heures sur les banquettes des camions.

Le Rubicon

Le 22 avril 1961 à Alger, un pouvoir insurrectionnel, avec à sa tête quatre généraux,  une petite partie des cadres et quelques unités parachutistes dont les CPA prennent les organismes d’état. Cette tentative de coup de force militaire se dissipe entre Kémia et Anisettes. Après la reprise en mains des autorités politiques et militaires, quatre des commandos de l’air sur les cinq, seront dissous.

Cerbères et paras

En 1964, l’Armée de l’Air est désignée pour mettre en œuvre la première génération des Forces Nucléaires Stratégiques avec le vecteur aérien et, en 1970, les missiles du Plateau d’Albion. Les bérets bleu foncé et la tenue « cam » des fusiliers commandos resurgissent sur les bases pour assumer des missions rigoureuses compte tenu des manipulations de l’arme nucléaire et des alertes permanentes … sous les yeux des satellites à l’étoile rouge et les Léica des touristes des démocraties populaires.                                                                                               
Après les grèves et manifestations de mai 68 … et son théâtre de rue, les autorités craignent un début de mouvance terroriste d’extrême gauche. Dans ces prémices d’action subversive contre les installations sensibles, l’EMAA créé une unité d’intervention aéroportée sur la Base Aérienne 726 de Nîmes Courbessac, prélude aux trois CPA actuels.

 « L’aviation militaire d’un pays occidental, partie prenante dans la guerre froide n’est vulnérable qu’au sol ! D’où l’utilité d’une protection » (Gal St Cricq).

L’esprit commando est maintenu, grâce à un entraînement rustique sur le terrain de jour comme de nuit … et le fait de quitter un aéronef en marche !

Finex de la Guerre froide et inflation d’Opex

Les bases aériennes françaises hors métropole ou les détachements d’aéronefs à la cocarde nécessitent une protection réactive … ne transformant pas la plateforme aéroportuaire en fort Chabrol. Les commandos de l’air et les équipes cynophiles sont en permanence détachés.  
Depuis 1995, des nouvelles missions sont définies pour les Commandos Parachutistes de l’Air 20 et 30 :

- MASA (mesures actives de sûreté aérienne contre des aéronefs lents) à bord d’hélicoptères air ;
- RESCO (en symbiose avec l’Escadron d’Hélicoptères Pyrénées stationné à Cazaux, les CPA sont un des maillons de la mission de récupération d’équipages  éjectés " en zone grise ").
- Guidage d’avions de combat pour des missions de bombardement.

Le CPA 10 assume sa place dans les Forces spéciales et revendique ses spécificités air et malgré une concurrence rude.
Bien d’autres savoir-faire font partie des activités de ces aviateurs du « 10 » et c’est lors d’une de ces missions au nord Mali que l’Adjudant Dupuy a été tué au combat.

En guise de conclusion…

 " Il faut aussi que l’Armée de l’Air sache qu’elle compte parmi ses membres, grâce à ses commandos, un personnel à qui elle peut beaucoup demander, de qui elle peut beaucoup attendre ".


Cette phrase est tirée d’une note écrite par le lieutenant-colonel François Coulet en 1958, ancien ambassadeur de France et premier patron des Commandos Parachutistes de l’Air.   

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