vendredi 11 septembre 2015

Du temps de guerre à l’occupation : des bombes aux tracts



Guillaume MULLER
Centre de Recherche de l'Armée de l'air (CReA), École de l'Air, 13 661, Salon Air, France


Entre janvier 1923 et l’été 1925, la France et la Belgique occupent la Ruhr. Il s’agit de contrôler ce poumon industriel de l’Allemagne pour compenser son défaut de paiement concernant les réparations de guerre établies lors du traité de Versailles. Parallèlement au déploiement des troupes d’occupation, l’aviation française mène de nombreuses missions d’ordre psychologique, caractérisées essentiellement par des largages de tracts. L'objectif est de contenir et de dissuader l’élan de résistance passive suscité par cette occupation. L’article ci-dessous nous éclaire sur le procédé technique mis au point par un aviateur français pour faciliter ce type de mission bien particulier.

 Les Ailes, n° 122, 18 octobre 1923


« Les Avions de propagande dans la Rhür

Si la presse du monde entier a beaucoup parlé de l’occupation française de la Rhür, elle n’a pas dit jusqu’ici que l’aviation française y avait joué un rôle important et… d’ailleurs pacifique. Des millions de tracts ont été jetés par les aviateurs sur toutes les agglomérations des territoires occupés.
Au début, on se contentait d’embarquer les papiers en vrac, à bord des avions, dans la place réservée au mitrailleur. Celui-ci les lançait à la main, au cours du vol. Si elle avait l’avantage de la simplicité, la méthode avait, par contre, des inconvénients. Le lancement de 100.000 tracts demandait du temps ; les papiers, emportés par le vent se logeaient dans l’empennage et risquaient de coincer les commandes ; le poids du papier, placé derrière le passager, modifiait le centre de gravité ; enfin par la suite de l’encombrement de la carlingue, on devait abandonner, pour le lancement des tracts, toutes autres opérations telle que la photographie, le mitrailleur ne pouvant, à la fois, lancer des tracts et prendre des clichés.
L’extension donnée, dans la Rhür, au lancement de tracts par avions a incité un pilote-aviateur de l’Armée du Rhin, le Sergent J. Bagnaro, à concevoir et à réaliser un dispositif de lance-tracts. Ce dispositif a donné de si bons résultats que son emploi n’a pas tardé à être généralisé dans toutes les escadrilles de la Rhür ; il a valu à son auteur les félicitations, bien justifiées, du Général Chabord, commandant l’Aéronautique de l’armée du Rhin.
L’appareil du Sergent Bagnaro se compose d’une cage formée de huit lattes de bois et de trois cadres en aluminium ou en tôle d’acier. L’appareil est adapté, sous les ailes de l’avion, au dispositif de lance-bombes. Relié à l’avion par une extrémité seulement et au moyen d’une patte appropriée, l’appareil est soutenu par le câble qui habituellement retient la bombe. Les tracts sont empilés, au nombre de 20 à 25.000 dans la cage qui, pour le transport, est maintenue, par son câble, dans une position horizontale. Au moment voulu, le mitrailleur manœuvre les commandes du lance-bombes ; la cage, libérée à l’avant de son câble, bascule et les tracts tombent le long des glissières…
Le dispositif peut être monté sur n’importe quel avion muni de lance-bombes Michelin ou G.A., en moins d’une minute. A chaque voyage, quatre cages, placés sous les ailes, de part et d’autre du fuselage d’un Bréguet, permettent d’emporter et de lancer 200.000 tracts… Autre avantage : le mitrailleur dispose de tous ses mouvements et en distribuant ses papiers, sans la moindre fatigue, peut, en même temps, effectuer un travail photographique.
Comme on le voit, si la conception ingénieuse du Sergent Bagnaro est simple, elle répond aussi parfaitement au but visé. »


Les Ailes, n° 122, 18 octobre 1923

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