mardi 7 avril 2015

Le Bureau des Opérations Aériennes (Partie 2)

Le fonctionnement du BOA
Dominique Schmidt

Les actions du Bureau des Opérations Aériennes

Recherche de terrains et équipes

La priorité des officiers du BOA est la recherche d’équipes et de terrains répondant aux conditions fixées par la RAF. Les premières équipes sont proposées aux Officiers d’Opération par les chefs des Mouvements (Libération-Nord, Ceux de la Libération, Ceux de la Résistance, Turma-Vengeance, OCM).



Les terrains doivent être plats, assez durs pour atterrir, mais pas trop pour les parachutistes et containers, sans ornières ni rochers, de taille suffisante (600 m pour un Lysander), éloignés des montagnes, des défenses anti-aériennes, pas trop près des villages pour éviter les curieux…
A la création du BOA, les opérations se faisaient depuis la Grande-Bretagne, par les nuits de lune et sans communication radio avec le pilote. L’avion devait donc pouvoir faire l’aller-retour dans la nuit en autonomie de carburant. La présence d’une rivière (particulièrement visible par les nuits de pleine lune) était un atout. Il fallait bien sûr, une équipe à proximité du terrain, pour assurer le balisage, l’évacuation et le camouflage des hommes et matériels parachutés ou déposés.
Une fois le terrain vérifié par l’Officier d’Opération, les coordonnées étaient communiquées à Londres et, en général, un avion venait photographier le terrain. Dans le cas contraire, l’Officier en donnait un plan aussi précis que possible. Si la RAF homologuait le terrain, un nom, une lettre et une phrase code étaient alors attribués. Le BCRA et le BOA pouvaient envisager d’y programmer des opérations : parachutage de matériels (ARMA), parachutage d’hommes (HOMO), atterrissages Lysander ou Hudson (DEPOT).

Programme mensuel

Chaque mois, l’Officier d’Opération proposait un programme, en fonction des besoins, des terrains et équipes disponibles. Après négociations entre le BCRA, le SOE et la RAF, le Chef du BOA recevait le programme arrêté. Il pouvait donc alerter les équipes. Ces échanges se faisant par câbles, supposaient des liaisons radio efficaces !
Le jour venu, si l’opération était tentée, la phrase code était lue à la BBC au programme des messages personnels de 13h30, puis à nouveau à 19h30. Les équipes se préparaient. Si la phrase passait encore à 21h30, tout le monde se rendait sur le terrain, selon ses consignes, avec le matériel de balisage.
Si tout allait bien, l’avion approchait, le chef de terrain lui envoyait à l’aide d’une lampe torche, la lettre code. L’avion répondait et dans ce cas on allumait le balisage…
Dès que possible, l’Officier d’Opération adressait à Londres un compte-rendu et un inventaire du matériel reçu. Le pilote, de son côté, faisait un rapport.

Parachutage

L’Officier d’Opération avait fixé les besoins et le nombre de parachutes qu’il pouvait recevoir, compte tenu des moyens dont il disposait pour l’enlèvement du matériel reçu. En 1943, un seul avion opérait et larguait quelques containers (armes, explosifs, machines à écrire, à dupliquer, papier, pièces détachées pour les radios…), des colis (Pneumatiques notamment) et parfois des hommes.
Aussitôt à terre, les parachutes devaient être décrochés de leurs charges et enterrés, tandis que les matériels et agents réceptionnés étaient immédiatement évacués et cachés en lieu sûr.

Atterrissage

Les atterrissages étaient indispensables pour l’enlèvement du courrier, des personnalités et des agents à exfiltrer. Ils étaient réalisés de nuit par de petits avions Lysander (1 pilote, 2 passagers, 3 au maximum, peu de bagages) ou Hudson (Equipage de 4 hommes, 10-12 passagers, une tonne de colis).
L’avion approchait, échangeait la lettre de reconnaissance, se posait face au vent, faisait demi-tour en bout de terrain (autour des balises), et revenait se placer, prêt au décollage, à la première balise où attendait le chef de terrain, avec les passagers et le courrier. On échangeait courriers et passagers, et l’avion repartait. Cela ne devait durer que 3 à 4 minutes. Dans les opérations les plus spectaculaires, trois Lysander se sont posés successivement et ont décollé en moins d’un quart d’heure, et tout cela en zone occupée !

La radio

Les liaisons radio constituent un facteur essentiel pour la préparation et la réussite des opérations aériennes. Les opérateurs échangent en Morse. Ils doivent, comme les Officiers d’Opérations, être agréés par les services anglais, intermédiaires imposés des émissions et réceptions en Angleterre. Les premiers opérateurs ont reçu cette formation en plus de celle d’Officier d’Opération. Malheureusement, les conditions étaient telles que presque tous ont été localisés et interceptés par les service « Gonio », quand ils n’ont pas été dénoncés !

Renseignement

Outre les opérations aériennes, les Officiers du BOA transmettaient à Londres tous les renseignements qui pouvaient être collectés par les agents : état d’esprit de la population, attitude des élites, mouvements de troupes, défenses anti-aériennes, modèles de papiers et imprimés, etc.

Sabotage

Une mission complémentaire des Officiers du BCRA était l’instruction des équipes au maniement d’armes et à l’usage des explosifs (plastic en particulier). Le sabotage de certains sites aura permis ainsi d’éviter des bombardements alliés, dangereux pour les populations civiles proches.

Les évolutions

La création du BOA peut se situer dans la deuxième moitié du mois de mars 1943. Pal en est alors le Chef. C’est lui qui coordonne et transmet les programmes mensuels et les propositions de terrains. Il transmet aux autres Officiers d’Opérations, les ordres de Jean Moulin.
 Pal est arrêté par la Gestapo le 21 avril 1943. Il réussit une évasion spectaculaire, mais, par mesure de sécurité, Jean Moulin lui impose de rentrer à Londres. Kim, le plus ancien du groupe, devient alors Chef National, tout en conservant le bloc Ouest. Il a officiellement aussi, la charge de la région P, mais il la confie à des adjoints : Henri Pergaud et Claudius Four, notamment.
L’arrestation de Jean Moulin le 21 juin 1943, permet au BCRA de reprendre le pouvoir sur le BOA. Kim, considéré comme « brûlé », est rappelé à Londres et remplacé en juillet, en région M, par Jean-François Clouet-des-Perusches (Galilée), et en région B par Guy Chaumet (Mariotte). En septembre 1943, Michel Pichard devient alors Chef National du BOA.
Les opérations devenant de plus en plus nombreuses, les chefs régionaux prennent peu à peu beaucoup d’autonomie. Eux-mêmes s’entourent d’adjoints, de sorte qu’il y a bientôt des responsables BOA dans tous les départements de zone Nord.
A l’approche du débarquement, la mise en place des délégués militaires modifie sensiblement le rôle du BOA. Les armes parachutées leur sont désormais remises et ils décident seuls de leur utilisation. Les sabotages relèvent d’équipes qui travaillent selon des plans spécialisés. Quelques frictions en résultent.

Répression

L’organisation d’une opération aérienne ou le sabotage d’un site, présentait de multiples risques, d’autant plus que les équipes du BOA étaient sollicitées aussi lorsqu’il fallait porter secours aux pilotes alliés dont les avions avaient été abattus. Les allées et venues suspectes, les bruits des moteurs, les traces de parachutage, des bavardages, quelques imprudences, … tout était épié par la Gestapo, malheureusement aidée par quelques français sans scrupules ! De nombreuses équipes ont été décimées à la suite de dénonciations, voire de trahisons ! Arrêtés, torturés, déportés ou abattus sur place, considérés, non comme des soldats mais comme des terroristes, beaucoup d’agents du BOA, femmes ou hommes, n’ont pas survécu !

Bilan
Avec un recul de 70 ans, à la lecture de nombreuses archives désormais publiques, on peut penser que la contribution du BOA à la victoire contre les nazis n’est qu’une anecdote, que les efforts déployés pour amener quelques tonnes d’armes dont une partie a été saisie par les polices, n’en valait pas la peine… Possible ! Mais ce qui est certain, c’est que l’action courageuse, souvent héroïque, des femmes et hommes de tous bords, de toutes croyances, qui ont constitué le BOA, est un exemple trop peu connu de détermination, d’abnégation, de désintéressement et de camaraderie.
Le général de Gaulle l’a d’ailleurs implicitement reconnu, en attribuant la Croix de l’Ordre de la Libération à tous les chefs régionaux du BOA et à plusieurs de leurs adjoints : Jean Ayral, Arnaud Bisson, Guy Chaumet, Jean-François Clouet-des-Pesruches, Pierre Deshayes, Claudius Four, Marcel Jeulin, Michel Pichard, Paul Schmidt.

Documentation

MRD FOOT, Michael Richard Daniell, CREMIEUX-BRILHAC, Jean-Louis, Des anglais dans la Résistance, Taillandier, 2011.
PICHARD, Michel, L’espoir des Ténèbres,  ERTI, 1990.
REYES-AYRAL, Xavier, Héroïsme, l’Harmattan, 2013.
VERITY, Hugh, Nous atterrissions de nuit, Vario, 2004.

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